Découvrir Soubès
Soubès, une histoire
au pied du Larzac
Dolmens préhistoriques, castrum médiéval, filatures au bord de la Brèze : plusieurs millénaires de présence humaine et d'histoire locale, racontés à partir des seules sources officielles.
Blotti entre la Lergue et les premiers contreforts du causse du Larzac, Soubès porte les traces d'une occupation très ancienne : sépultures collectives de la Préhistoire, village fortifié du Moyen Âge, puis village ouvrier du textile. Cette page raconte cette longue histoire jalonnée de pierre et de mémoire.
Une page documentée
Chaque fait s'appuie sur une source vérifiable : base Mérimée (plateforme POP du ministère de la Culture), Inventaire général du patrimoine culturel de la Région Occitanie, Archives départementales de l'Hérault et revue Études Héraultaises — les liens sont réunis en bas de page. Quand une datation repose sur une lecture archéologique et non sur un document écrit, elle est présentée au conditionnel.
Repères
Frise chronologique
Néolithique
Des sépultures sur le causse
Des dolmens — dont ceux des Coutelles, sur la ligne de crête qui ferme le sud du Larzac — servent de sépultures collectives. Les fouilles menées dans les années 1950 par le Groupe archéologique du Lodévois y ont distingué deux phases d'utilisation : Néolithique final, puis âge du Bronze ou du Fer (lecture archéologique).
Milieu du XIIe siècle
Le castrum entre dans les textes
Première mention écrite du « castrum » — le village fortifié — de Soubès. La seigneurie serait plus ancienne — elle remonterait au Xe siècle selon la notice Mérimée — mais aucun texte antérieur ne l'atteste.
XIIIe siècle
Le donjon
L'essentiel du château médiéval remonterait à ce siècle (lecture architecturale de la notice Mérimée) : une haute masse rectangulaire posée sur un promontoire rocheux retaillé, avec des caves voûtées en partie creusées dans le tuf.
1507
Les Peyrottes, co-seigneurs
André Peyrottes acquiert des droits sur la coseigneurie de Soubès (on parle de « coseigneurie » lorsque plusieurs familles se partagent les droits seigneuriaux d'un village). Le fonds d'archives de la famille, conservé aux Archives départementales de l'Hérault (sous-série 192 J), documente ensuite quatre siècles et demi d'histoire locale.
Années 1580
Guerres de Religion
Le Lodévois est bouleversé par les guerres de Religion : le château de Soubès est défendu, puis pillé, comme le rapportent les archives seigneuriales.
1604
Un drame familial
Gabriel de Peyrottes est assassiné lors d'un voyage — un épisode documenté par les archives familiales.
1780 – 1786
L'église rebâtie
Les habitants construisent l'église paroissiale Sainte-Marie-Madeleine ; l'Inventaire général rapporte qu'ils apportent eux-mêmes les matériaux nécessaires au chantier.
1818
Un moulin à blé au Pont
Étienne Portefaix demande la construction d'un moulin à blé sur la rive droite de la Brèze, à l'entrée du village : c'est l'origine de la future usine du Pont.
1832 – 1833
Moulin, martinet et papeterie à l'Oulette
Dès 1832, une papeterie utilisant des chiffons s'installe au bord de la Lergue. Le cadastre de 1833 mentionne, au site de l'Oulette, un martinet — fonderie de cuivre actionnée par l'eau — et un moulin à blé.
1893
L'essor textile à l'Oulette
Les propriétaires de l'usine de l'Oulette — la future usine du Martinet — fondent la Société des fabriques de Clermont et Lodève, devenue la société Gallia en 1922.
1919
Le monument aux morts
La commune édifie, sur fonds communaux, son monument aux morts sculpté par Paul Dardé : une jeune femme pleurant près d'un soldat mort.
1940
L'apogée de la manufacture Meunier
L'ensemble industriel Meunier — les usines du Pont et du Martinet à Soubès, le tri des chiffons à Lodève — traite jusqu'à 505 tonnes de chiffons cette année-là, pour produire les laines des draps militaires et d'administration.
1941 – 1946
Incendies, puis reconstructions
L'usine du Pont est en partie détruite par un incendie en 1941 et reconstruite en 1942 ; l'usine du Martinet connaît le même sort en 1943, ses ateliers étant reconstruits en 1945-1946.
1960
La fin de l'effilochage
La fermeture des établissements Teisserenc-Harlachol de Lodève, principal client de la manufacture, met fin à l'effilochage à Soubès. L'usine du Pont sera reconvertie en logements en 1968.
1982
Fin de l'aventure industrielle
Au Martinet, la bonneterie — jusqu'à 130 ouvriers au début des années 1970 — ferme définitivement. Une partie du site est depuis reconvertie en logements.
1988
Le donjon protégé
Les façades et toitures de l'ancien château sont inscrites au titre des Monuments historiques par arrêté du 10 février 1988.
Préhistoire
Des hommes présents depuis la Préhistoire
Sur le causse, les dolmens des Coutelles comptent parmi les monuments les plus anciens du Lodévois. Fouillé dans les années 1950 sous la direction de Gaston-Bernard Arnal, le dolmen I a livré des armatures de flèches et des perles en stéatite (Néolithique final), puis des objets métalliques témoignant d'une réutilisation à l'âge du Bronze ou du Fer.
Le territoire conserve aussi des grottes d'habitat et sépulcrales, ainsi qu'un remarquable patrimoine de pierre sèche : plus de 220 capitelles y ont été recensées par Albert Reynes en 1976. Leur datation restant difficile à établir, la prudence s'impose : ces cabanes ont pu servir à bien des époques.
Le saviez-vous ?
Les dolmens des Coutelles ont été nettoyés et signalés dès 2006 par les bénévoles du Groupe archéologique du Lodévois.
Moyen Âge
Le castrum et les deux seigneuries
La partie haute du village est dominée par deux châteaux, correspondant aux deux co-seigneuries de Soubès. Le « castrum » apparaît dans les textes au milieu du XIIe siècle ; le donjon, dressé sur un promontoire rocheux retaillé pour sa défense, daterait pour l'essentiel du XIIIe siècle.
L'architecture militaire médiévale s'y lit encore : ouvertures d'allure romane, corbeaux qui portaient une bretèche (une petite guérite en surplomb) et, au sommet, un hourd — une galerie de bois aujourd'hui disparue. À l'intérieur, l'étage noble conserve une cheminée gothique double ; la façade sud, remaniée au XVIIIe siècle, s'ouvre sur une terrasse en surplomb.
Les façades et toitures de l'ancien château sont inscrites au titre des Monuments historiques depuis le 10 février 1988.
Le saviez-vous ?
La revue Archéologie en Languedoc (collection Études Héraultaises) a publié en 2003 (n° 27) les prospections archéologiques de Gaston-Bernard Arnal sur les fortifications médiévales de Soubès.
Patrimoine religieux
Chapelles et église paroissiale
À l'écart du village, la chapelle Saint-Cyprien conserve ses murs et ses voûtes du XIIe siècle (le « gros œuvre »), en tuf et pierre de taille : un vaisseau unique voûté en berceau, terminé par une abside en demi-coupole. Sa tribune sur voûte d'ogives daterait, elle, du XVe siècle (lecture architecturale de la notice Mérimée).
Dans le village, l'église paroissiale Sainte-Marie-Madeleine est plus tardive : construite entre 1780 et 1786, elle doit beaucoup aux habitants eux-mêmes — la notice de l'Inventaire général rapporte que les catholiques de Soubès ont apporté de leurs mains les matériaux nécessaires à sa construction.
XIXe – XXe siècles
Les anciennes usines de Soubès : une mémoire industrielle
Longtemps, la Brèze et la Lergue ont fait tourner les machines de Soubès : leurs eaux, captées par des canaux et des chutes, alimentaient moulins, foulons puis usines textiles. Deux établissements ont marqué cette histoire — l'usine du Pont, à l'entrée du village sur la Brèze, et l'usine du Martinet, au lieu-dit l'Oulette sur la Lergue. Toutes deux ont appartenu à la manufacture Meunier, mais chacune a sa propre histoire.
Entrée du village
L'usine du Pont, au bord de la Brèze
À l'entrée du village, accolée au pont de Soubès, cette bâtisse de pierre posée sur la rive droite de la Brèze est d'abord un moulin à blé, demandé en 1818 par Étienne Portefaix. Entre 1822 et 1841, il est agrandi puis surélevé pour accueillir un moulin à foulon et une filature.
En 1879, le négociant lodévois Augustin Fau rachète l'ensemble et y développe l'effilochage — cette « laine renaissance » obtenue en déchirant les chiffons. L'activité se poursuit sous la raison Bousquet, Fau et Cie, avant que l'usine ne rejoigne l'ensemble industriel dirigé par Maurice Meunier.
Un incendie la détruit en partie en 1941 ; elle est reconstruite dès 1942. L'effilochage cesse en 1960, l'usine est transformée en logements en 1968, et une partie des bâtiments accueille l'atelier de menuiserie Salvagnac de 1977 à 1998.
Au bord de la Lergue
L'usine du Martinet, au lieu-dit l'Oulette
Quelques centaines de mètres en aval, au bord de la Lergue, le site de l'Oulette doit ses usages anciens à la force de l'eau : le cadastre de 1833 y mentionne un moulin et un martinet — une fonderie de cuivre actionnée par la rivière. Dès 1832, le négociant Sarrou Méric y fabrique du papier à partir de chiffons.
Au milieu du XIXe siècle, le site devient un véritable complexe textile — filature, cardes, foulerie et teinturerie — porté par les familles Calvet puis Teisserenc. Il rejoint ensuite l'ensemble Meunier, qui y concentre l'essentiel de sa production.
En 1943, un incendie touche les principaux bâtiments ; les ateliers sont reconstruits en 1945 et 1946. Après le déclin du textile à partir de 1960, le site est repris pour la fabrication de bas : la bonneterie emploie jusqu'à 130 ouvriers au début des années 1970, avant de fermer définitivement en 1982. Une partie du site est aujourd'hui reconvertie en logements.
Le contexte commun
La manufacture Meunier, un ensemble organisé entre Lodève et Soubès
Ces deux usines appartenaient à un même ensemble industriel dirigé par Maurice Meunier. Les chiffons, collectés dans l'Hérault, les départements voisins et jusqu'à la région parisienne, étaient d'abord triés rue Joseph-Galtier à Lodève, puis traités à Soubès, au Pont comme au Martinet.
Le principe de l'effilochage est simple : des machines garnies de pointes déchirent les chiffons pour en récupérer les fibres, transformées en une laine nouvelle — la « laine renaissance ». Beige, blanche ou kaki, elle servait notamment à tisser les draps militaires et d'administration, vendus dans toute la France et jusqu'en Algérie et en Italie.
Le chiffre record de 505 tonnes de chiffons traitées en 1940 correspond à l'activité de l'ensemble de la manufacture Meunier — plus de 70 ouvriers sur tous ses sites — et non à une seule usine. Il ne faut pas le confondre avec les effectifs de la bonneterie installée plus tard au Martinet (jusqu'à 130 ouvriers au début des années 1970).
Le saviez-vous ?
Turbine hydraulique, canal d'amenée et moteur Duvant de l'usine du Pont sont encore en place : l'Inventaire général du patrimoine culturel les signale comme des éléments remarquables du patrimoine industriel.
Repères
Deux usines, deux trajectoires
1818
Usine du Pont
Naissance : moulin à blé Portefaix sur la Brèze.
1832
Usine du Martinet
Papeterie de chiffons à l'Oulette, sur la Lergue.
1879
Usine du Pont
Augustin Fau y développe l'effilochage textile.
1919
Usine du Martinet
Le site rejoint l'ensemble Peyaud-Meunier.
1941 – 1943
Les deux usines
Incendies au Pont (1941) puis au Martinet (1943).
1942 – 1946
Les deux usines
Reconstructions : le Pont en 1942, le Martinet en 1945-1946.
1960
Les deux usines
Fin de l'effilochage à Soubès.
1968
Usine du Pont
Reconversion en logements.
1982
Usine du Martinet
Fermeture définitive de la bonneterie.
Sur le terrain : du Pont à l'Oulette
L'histoire industrielle se lit encore dans le paysage. Depuis le pont à l'entrée du village, l'ancienne usine du Pont borde la rive droite de la Brèze ; en suivant l'eau jusqu'à la confluence puis le cours de la Lergue, on rejoint le site de l'Oulette — son moulin, son martinet, son usine — et la cascade qui alimentait ses turbines.
505 t
de chiffons traités en 1940 — pic de l'ensemble de la manufacture Meunier
130
ouvriers de la bonneterie du Martinet au début des années 1970
1982
fermeture définitive de la bonneterie du Martinet
Mémoire
1919, le monument aux morts de Paul Dardé
Au lendemain de la Grande Guerre, la commune édifie son monument aux morts sur fonds communaux et en confie la sculpture à Paul Dardé. Ce cénotaphe — un monument élevé à la mémoire des morts — est taillé dans la pierre de Lens et abrite un haut-relief : une jeune femme pleurant près d'un soldat mort. Une grille de fer forgé protège l'ensemble.
Détail singulier rapporté par la notice Palissy : la signature du fronton n'a pas été gravée par Dardé lui-même, qui estimait que le monument n'était pas achevé.
Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie ont droit qu'à leur tombeau la foule vienne et prie
Sources vivantes
Des archives pour remonter le temps
L'histoire de Soubès continue de s'écrire. En 2011, la famille Guinard confie les archives des Peyrottes de Soubès aux Archives départementales de l'Hérault : titres, archives familiales et seigneuriales, avec des pièces remontant au XIIIe siècle. L'inventaire détaillé de ce fonds (sous-série 192 J), publié en 2019, a fait l'objet d'un article de la revue Études Héraultaises.
Vérifier par soi-même
Sources et pour aller plus loin
Cette page s'appuie exclusivement sur les notices et publications suivantes :
Pour aller plus loin : Lucien Albaret, Soubès et sa vallée : des origines à nos jours, 1982 ; Francis Moreau, Soubès en Languedoc : mille ans d'histoire dans le Lodévois, 1992 (rééd. 1999) — deux ouvrages de référence disponibles notamment en bibliothèque.
Sur le site
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Le patrimoine en images
Donjon, chapelles, fontaines, ruelles voûtées : le patrimoine de Soubès en photographies.
Voir le patrimoineNature & balades
Cascade de l'Oulette, cirque du Bout du Monde, les paysages de la Brèze.
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Les sentiers au départ du village, entre garrigue et causse du Larzac.
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